Larchitecte Studio - Energies grises et construction -

Impact du choix des matériaux sur l'energie grise produite

Adopter une architecture raisonnée commence par comprendre l’impact réel de l’acte de construire. Chaque matériau, chaque choix technique et chaque intervention sur un bâtiment a des conséquences directes sur l’environnement. Mieux connaître ces impacts permet de faire des choix éclairés, cohérents avec vos valeurs et votre cadre de vie.

Ces décisions influencent non seulement votre confort quotidien, mais aussi — à votre échelle — la préservation de l’environnement. Avec les bons choix, il est possible d’améliorer votre habitat tout en réduisant votre empreinte écologique.

Pour vous aider, vous trouverez ci‑dessous les principales caractéristiques des matériaux les plus couramment utilisés en construction et en rénovation. Si vous hésitez entre plusieurs systèmes constructifs, ces informations vous guideront vers une solution adaptée, durable et raisonnée.

La construction en quelques chiffres :

En France, le secteur du bâtiment génère environ 42 millions de tonnes de déchets par an. Ces déchets proviennent majoritairement des opérations de transformation du bâti, avec la répartition suivante :

70 % issus des travaux de rénovation et de réhabilitation

25 % issus des démolitions

5 % issus des constructions neuves

Ces volumes montrent à quel point la rénovation et la transformation du bâti existant représentent un enjeu majeur pour réduire l’impact environnemental du secteur. Comprendre l’origine de ces déchets permet de mieux orienter les choix constructifs, privilégier des matériaux durables et limiter l’empreinte écologique de chaque projet.

Quelques matériaux usuels dans la construction :

L'acier :

L’acier est un matériau largement utilisé dans la construction, mais sa fabrication présente un impact environnemental important. En France, près de 20 % de l’énergie manufacturière est consacrée à la production d’acier. Ce processus génère également entre 1,8 et 3 tonnes de CO₂ pour chaque tonne d’acier produite, en plus d’une forte consommation d’eau nécessaire au refroidissement et au lavage des tôles.

Malgré ces impacts, l’acier possède plusieurs atouts dans une démarche de construction raisonnée :

  • Filière sèche, limitant l’usage d’eau sur chantier

  • Excellente durabilité et bonne tenue dans le temps

  • Assemblage simple et modulaire, facilitant les adaptations futures

  • Démontage, réemploi et recyclage aisés, ce qui en fait un matériau compatible avec l’économie circulaire

Ces caractéristiques permettent d’intégrer l’acier dans des projets où la modularité, la réversibilité et la réduction des déchets sont des priorités.

Le béton :

Le ciment est un matériau incontournable dans la construction, mais son impact environnemental reste important. La raréfaction des matières premières nécessaires à sa fabrication, combinée à un processus très énergivore, en fait un matériau à considérer avec discernement.

En effet, près de 40 % du coût de production du ciment correspond à l’énergie nécessaire à sa fabrication, malgré une consommation d’eau relativement faible au regard des volumes produits.

La production d’une tonne de ciment génère entre 600 kg et 1 tonne de CO₂. Une grande partie de ces émissions — environ 60 % — provient du phénomène de décarbonatation, c’est‑à‑dire la transformation du calcaire en chaux lors de la cuisson.

Malgré ces impacts, le béton présente plusieurs avantages :

  • Très bonne durabilité, comparable à la construction en pierre

  • Résistance élevée, adaptée aux ouvrages structurels

  • Matériau stable et éprouvé, largement maîtrisé par les professionnels

Cependant, son utilisation pose des défis en fin de vie :

  • Le démontage se fait par démolition, ce qui génère une quantité importante de déchets

  • Le réemploi reste limité, même si les agrégats issus du béton peuvent être réutilisés en fondations

  • Le recyclage du ciment est encore en phase de recherche et d’innovation

Ces éléments montrent que le ciment peut être pertinent dans certains projets, mais qu’il doit être utilisé de manière raisonnée, en tenant compte de son impact global et des alternatives disponibles.

construction en pierre, antiquité

La pierre :

La pierre naturelle est un matériau ancestral, durable et performant, mais son utilisation implique plusieurs enjeux environnementaux. La raréfaction progressive des matières premières et les nuisances liées à l’exploitation des carrières (poussières, bruit, modification des paysages) rappellent que son extraction doit être maîtrisée et raisonnée.

L’extraction génère également des résidus impropres à la construction, qui doivent être gérés ou valorisés. Malgré cela, la pierre présente un avantage majeur : elle possède une énergie grise très faible, bien inférieure à celle des matériaux industriels, ce qui en fait un choix pertinent dans une démarche durable.

Sur le plan technique, la pierre offre une excellente tenue dans le temps, comparable aux constructions traditionnelles les plus robustes. Sa durabilité en fait un matériau particulièrement adapté aux projets recherchant stabilité, inertie et pérennité.

En fin de vie, la pierre peut être réemployée lorsqu’elle est démontée par sciage, mais la plupart des ouvrages nécessitent encore une démolition, générant des déchets minéraux. Le réemploi reste toutefois possible et intéressant lorsque les éléments sont prélevés avec soin.

– Trèsbonne tenue dans le temps

– Démontage par démolition ou sciage pour réemploi

construction parement brique ton rouge

La brique :

La brique en terre cuite est un matériau traditionnel très utilisé en construction, mais son impact environnemental dépend fortement de son mode de production. La raréfaction des matières premières, notamment l’argile, ainsi que les nuisances liées à l’exploitation des carrières (poussières, bruit, modification des paysages) rappellent que son extraction doit être maîtrisée.

La fabrication de la brique nécessite une cuisson longue à très haute température, ce qui entraîne une consommation énergétique importante. À titre d’exemple, il faut environ 306 kg d’argile pour produire 1 m² de mur plein en brique de 37,5 cm d’épaisseur. En revanche, la consommation d’eau reste faible par rapport aux quantités produites, ce qui constitue un avantage dans une logique de gestion raisonnée des ressources.

Sur le plan technique, la brique offre une excellente tenue dans le temps, une bonne inertie thermique et une grande stabilité. Elle constitue donc un matériau fiable et durable pour les constructions massives.

En fin de vie, la brique peut être démontée par dépose, mais cette pratique reste rare. Dans la majorité des cas, elle est démolie, générant des déchets minéraux. Le réemploi est possible lorsque les éléments sont soigneusement déposés, mais il reste encore marginal dans la filière.

La terre

La terre est un matériau de construction ancestral, disponible en abondance et souvent directement présente sur place, ce qui en fait l’un des matériaux les plus durables du point de vue environnemental. Sa disponibilité quasi inépuisable en fait une ressource particulièrement intéressante dans une démarche d’architecture raisonnée.

Cependant, l’exploitation industrielle de la terre peut générer des nuisances environnementales, notamment liées aux carrières (poussières, bruit, modification des paysages). Ces impacts rappellent l’importance de privilégier des filières locales et maîtrisées.

La mise en œuvre de la terre crue relève d’une filière humide, nécessitant un temps de séchage relativement long. Malgré cela, sa consommation d’eau reste faible, ce qui en fait un matériau sobre en ressources.

Sur le plan technique, la terre offre une excellente tenue dans le temps, une grande inertie thermique et un confort hygrothermique naturel. Elle constitue un matériau performant pour des constructions durables et saines.

En fin de vie, les éléments en terre peuvent être démolis puis recyclés : les déchets issus de la démolition sont entièrement réutilisables, notamment pour le remblaiement de carrières

Le bois

Le bois est un matériau renouvelable qui joue un rôle essentiel dans le maintien de la biodiversité lorsqu’il provient de forêts gérées durablement. Pendant sa croissance, il agit comme un véritable puits de carbone : 1 m³ de bois stocke environ 1 m³ de CO₂, ce qui en fait l’un des matériaux les plus vertueux du point de vue climatique.

L’industrie du bois valorise également une grande partie de ses sous‑produits : sciures, copeaux et chutes sont réutilisés pour fabriquer des panneaux, des pellets ou encore du compost, ce qui limite fortement les déchets.

La mise en œuvre du bois relève d’une filière sèche, nécessitant très peu d’eau et permettant des chantiers rapides, propres et précis. Sur le plan technique, le bois offre une bonne tenue dans le temps, à condition d’un entretien régulier adapté à l’exposition et à l’usage.

Comme tout matériau, il présente aussi quelques limites : certains produits nécessitent l’usage de traitements chimiques ou de colles, notamment dans les panneaux reconstitués ou les éléments structurels collés. Ces aspects doivent être pris en compte dans une démarche raisonnée.

En fin de vie, le bois est l’un des matériaux les plus faciles à démonter, réemployer et recycler. Ses éléments peuvent être déposés proprement, réutilisés dans d’autres ouvrages ou valorisés en énergie ou en matière.

Chaume, revêtement contemporain de façade

Les matériaux bio-sourcés

Les matériaux d’origine végétale occupent une place croissante dans la construction durable. Issus de ressources renouvelables et souvent disponibles localement, ils contribuent au maintien de la biodiversité lorsqu’ils proviennent de filières responsables. Leur cycle de vie naturel en fait des matériaux particulièrement vertueux dans une démarche d’architecture raisonnée.

Pendant leur croissance, ces matériaux agissent comme de véritables puits de carbone, stockant le CO₂ présent dans l’atmosphère. Ils participent également à la création d’un habitat sain, grâce à leurs propriétés hygrothermiques, leur faible énergie grise et leur capacité à réguler naturellement l’humidité.

Les filières végétales sont généralement locales, ce qui réduit les transports et soutient les économies régionales. En fin de vie, ces matériaux présentent un avantage majeur : leur combustion est non toxique et ils sont faciles à recycler, que ce soit par compostage, réutilisation ou valorisation énergétique.

Isolation extérieure par PIR

Les polymères (pvc,pur/pir,polystyrène...) :

Les matériaux issus de la pétrochimie sont largement utilisés dans la construction moderne, notamment sous forme de plastiques, membranes, isolants ou revêtements. Leur fabrication repose toutefois sur des ressources fossiles en raréfaction, ce qui pose un enjeu majeur de durabilité à long terme.

Certains polymères présentent une durée de vie limitée, notamment lorsqu’ils sont exposés aux UV, aux variations de température ou à l’humidité. De plus, ces matériaux sont non biodégradables, ce qui signifie qu’ils persistent dans l’environnement pendant des décennies s’ils ne sont pas correctement gérés en fin de vie.

Une filière de recyclage existe, mais elle reste encore partielle et dépend fortement du type de polymère, de sa pureté et de son état. Le tri et la valorisation sont donc essentiels pour limiter l’impact environnemental.

En cas de combustion, les matériaux pétrochimiques peuvent émettre des fumées toxiques, ce qui nécessite une gestion rigoureuse lors de la déconstruction ou de la valorisation énergétique.

Sources :Ministère de la transition écologique  / infociments / Matériaux et architecture durable 3ème édition enrichie 2002, édition Dunod, Nadia Hoyet